"Ce que nous prônons, c'est une efficacité de gauche"

Le 2 juillet dernier, Bertrand Delanoë a présenté la contribution Clarté Courage Créativité au Conseil National du Parti socialiste. Voici le texte de son intervention.

Mes chers camarades,

Ce Conseil National représente un moment très important, puisqu’il lance véritablement le débat des socialistes pour le congrès de Reims. La réussite de ce prochain rendez-vous dépend de notre capacité à définir des positions claires, sur toutes les questions que les militants devront trancher : notre projet, résolument dédié à la justice sociale ; notre identité de réformistes assumés dans la France et l’Europe du XXIème siècle ; notre stratégie ; nos alliances ; et notre conception du parti, qui doit être reconstruit dans sa force intellectuelle et militante. C’est en cherchant à dessiner des réponses à ces enjeux, que nous avons élaboré notre contribution. D’une façon très collective, rassemblant des militants aux parcours les plus divers. Ainsi, pour construire une dynamique majoritaire, nous sommes déterminés à mener à bien un débat de fond qui rassemble. C’est la démarche que nous adoptons pour retrouver ensemble, le chemin indispensable de l’efficacité, de la crédibilité, des responsabilités et de l’action. Car à l’heure où nos concitoyens affrontent à la fois souffrance sociale et perte de repères, ils attendent de nous une perspective et des réponses opérationnelles, là où ils observent trop souvent un parti déconnecté de leur quotidien. Depuis 2002 en vérité, et singulièrement au cours de l’année écoulée, la France s’est affaiblie.
Notre système de solidarité démantelé, la négociation sociale bafouée, nos finances publiques mises à mal, ce sont tous les piliers de notre modèle républicain qui sont atteints. Oui, la droite organise l’abaissement progressif de l’Etat, privilégiant la rente et les privilèges. D’ailleurs, aucun domaine de notre vie collective n’échappe aux effets toxiques de cette logique. Ainsi, le monde de la création et de la culture est abandonné ; les valeurs de la France évacuées sous le tapis rouge que l’on déroule à la venue de quelque dictateur reçu avec fastes ; et que dire du principe d’indépendance des médias ! Avec cette réforme annoncée de l’audiovisuel public, se confirment les tendances autoritaires du sarkozysme.
Nous avons un autre avenir à proposer à la France. Ce que nous prônons, c’est une efficacité de gauche. Pas un catalogue démagogique qui se délite au contact du réel, mais un projet qui fonctionne au service d’un vrai changement.
D’abord, pour relever le défi de la croissance, nous faisons le choix d’un investissement massif dans la recherche, l’innovation, la formation et le développement durable. Pour donner une chance à chaque Français, exploiter tous les gisements d’emploi, rendre nos produits plus performants et favoriser un autre modèle de croissance. Nous souhaitons donc que le budget de la Recherche atteigne rapidement 3% du PIB.
C’est l’une des conditions de ce contrat social inédit que les socialistes doivent proposer aux Français.
Oui, il faudra aussi créer de nouveaux droits pour les salariés, en leur garantissant une formation tout au long de la vie. Et passer du débat sur le temps de travail à celui sur les conditions de travail, sur la pénibilité, la précarité ou l’égalité réelle des sexes face à l’emploi.
Ces évolutions essentielles impliquent de restaurer notre démocratie sociale, par exemple en instaurant la présence de salariés dans chaque conseil d’administration ou de surveillance. Mais cela ne suffira pas : la France a besoin de réformes en profondeur.
Cela s’applique évidemment à l’école, à l’université, et au-delà, à tous ces territoires qui attendent en vain une décentralisation authentique et une présence de l’Etat. Je pense à ces zones rurales dépouillées de leurs services publics. Je pense également à ces quartiers délaissés et qui recèlent pourtant des trésors de dynamisme et d’imagination. L’honneur de la gauche sera d’ouvrir les grandes écoles à tous les jeunes qui le méritent, quel que soit le lycée où ils étudient. Et parce que trois millions de Français ne disposent toujours pas d’un toit, notre contribution propose aussi de multiplier par 5, les pénalités infligées aux municipalités qui ignorent la loi SRU.
A l’heure où social et environnemental désignent un même combat, nous soutenons également un vaste plan de développement des énergies alternatives, notamment dans les secteurs stratégiques de l’habitat et des transports. Et selon nous, le nucléaire fait partie intégrante des énergies d’avenir, à condition bien sûr, que cette filière soit gérée de façon totalement démocratique et transparente. Sur tous ces sujets, les moyens de la puissance publique devront être considérablement renforcés. Entre les niches fiscales, les distributions gratuites de stocks options et le Paquet fiscal, des marges existent, de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an ! Voilà, mes chers camarades, la tâche est immense.
Pour la mener à bien, mettons-nous au clair sur notre propre identité. C’est notre parti qui doit être le vrai lieu de production d’idées. Nous n’y parviendrons qu’en nous ouvrant aux autres, aux forces syndicales, scientifiques, culturelles et associatives. En renforçant nos liens avec les partis sociaux démocrates européens, parce que nous sommes convaincus que l’Europe des peuples, l’Europe des projets, doit stimuler notre engagement pour dépasser la grave crise actuelle. En veillant aussi à ce que les militants soient les vrais acteurs de cette mutation. Ils doivent être consultés, associés aux décisions, et nul à l’avenir, ne devra s’arroger le droit d’ignorer leurs choix démocratiques. Enfin, la question des alliances. Oui, elle devra être tranchée.
Nous voulons dialoguer bien sûr, avec toute la gauche, sans arrogance mais sans complexe, et en assumant le rapport de forces. Car défendre la justice sociale implique de confronter ses convictions au réel, là où d’autres se contentent de postures contestataires qui les réduisent à l’impuissance. Pour nous, être le pivot d’une dynamique progressiste, cela signifie donc faire vivre des convergences y compris jusqu’au centre gauche, mais certainement pas avec ceux qui se disent à la fois de droite et de gauche ! L’autre écueil à éviter serait de se tromper d’enjeu et de calendrier. A Reims, nous n’aurons pas à désigner notre candidat ou notre candidate à la présidentielle de 2012.
D’ailleurs, cela n’aurait aucun sens quatre ans avant ! En revanche, nous savons que si notre parti n’est pas efficace, créatif et crédible au cours des trois années à venir, hélas nos chances de gagner en 2012 seront bien faibles. Notre future direction devra être choisie à l’aune de cette séquence vitale. Ni au service d’une ambition individuelle, ni impuissantée. Plutôt qu’une stratégie de neutralisation ou d’attente, nous faisons le choix d’un dispositif efficace tout de suite. Car nous voulons qu’à nouveau, la gauche incarne aux yeux des Français un pôle de cohérence, d’action et de sens, au service d’une éthique collective et donc d’une espérance.

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