Cette crise est grave parce qu'elle provient d'un écart grandissant entre les citoyens et l'Union Européenne : le « non » irlandais vient de le rappeler. Dans la seconde moitié du XXème siècle, celle-ci a magnifiquement réussi à imposer la paix et à propager la démocratie. Elle ne sait plus répondre aujourd'hui aux attentes des Européens. L'Union n'apporte pas de solutions aux problèmes quotidiens, parfois même elle paraît les aggraver. L'absence d'anticipation et de réaction aux chocs subis par les pêcheurs en raison de l'augmentation du prix du pétrole est révélatrice. L'Union Européenne manque aussi d'une base populaire car elle ne défend pas suffisamment les intérêts des travailleurs et ne retient pas dans ses priorités la construction d'un espace social européen. Vingt ans après le lancement d'Erasmus, elle n'offre plus aux jeunes de projets pour faire de l'Europe l'espace naturel de leur vie.
Au manque de réalisations concrètes s'ajoute l'absence de perspective. Au XXème siècle, le sens du projet européen était évident: la paix, la démocratie, la prospérité dans la solidarité. Aujourd’hui, le « sens » de l’Europe est moins évident aux yeux de nos concitoyens. Aucun des grands projets proposés au début des années 90 par Jacques Delors pour dynamiser la croissance, l'emploi et la compétitivité n'a été financé. La concurrence par le dumping fiscal et social s'est répandue. L'Union Européenne est minée par le chacun pour soi et ne parvient pas à dessiner des perspectives identifiées, répondant aux inquiétudes des Européens à l'égard de la mondialisation.
Nous ne nous résignons pas à la morosité, à la frilosité, à l'égoïsme. Nous ne pouvons pas nous arrêter quand autour de nous le monde entier est en mouvement. Les peuples européens ont besoin d'une Europe forte qui les protège, qui défende ses valeurs et qui continue à faire entendre sa voix dans un monde dont le centre de gravité se déplace vers l'Asie. En 1984 déjà, François Mitterrand devant le Parlement européen nous alertait: « Chacun d'entre nos peuples, aussi riche que soit son passé, aussi ferme que soit sa volonté de vivre, ne peut, seul, peser du poids qu'il convient sur le présent et l'avenir des hommes sur la Terre. Ensemble, nous le pourrons. Mais nous sommes dans une phase où le destin hésite encore. » Hésitera-t-il encore longtemps ? Il y a urgence à redonner du sens à l'Union de l'Europe.
Parce qu’il a besoin de régulation, le monde a besoin de l'Europe, face aux défis de ce siècle : le réchauffement climatique, la crise alimentaire, la pauvreté, les migrations de population, les extrémismes, la sécurité collective.
Nous sommes déterminés, avec nos partenaires de la gauche européenne, à construire une meilleure Europe pour renouer le lien avec les citoyens.
Un véritable système de sauvegarde sociale doit être mis en place à l’échelle de l’Europe.
Protéger en mettant en place une réelle solidarité à l'égard des professions frappées de plein fouet par la hausse de l'énergie, à l'égard des salariés et des territoires victimes des délocalisations. Protéger en harmonisant les normes sociales, écologiques et fiscales pour proscrire, entre États membres, la concurrence par le nivellement vers le bas. Un fonds de solidarité européen existe mais personne n'en parle car il est insuffisamment financé pour faire face aux besoins. Des fonds de cohésion ont été créés pour aider les États membres moins développés à rattraper la moyenne, mais les financements sont chichement comptés.
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