"La politique culturelle n'est pas une politique parmi d'autres"

Quelles sont les pistes pour favoriser une plus grande démocratisation dans l'accès à la culture ? Nathalie Perrin-Gilbert, la Maire du 1er arrondissement de Lyon, a répondu à nos questions.

1) Comment développer une vie culturelle forte et riche au moment où la droite délaisse cruellement ce thème au niveau national et réalise des coupes sombres dans le budget ?

Dans un contexte où la rentabilité immédiate est érigée en modèle de développement, il nous revient tout d’abord d’affirmer que la vie culturelle est une dimension essentielle de la personne, un élément civilisateur qui n’est pas réductible aux champs économiques, sociaux et politiques. Réinvestir politiquement cette question nous permet de donner du sens au modèle de société que nous défendons.

Concrètement, développer une vie culturelle riche et variée passe par une démarche globale qui articule soutien aux initiatives émergentes, ancrage des grandes institutions dans leur territoire, développement de l’emploi et de la formation, concertation avec les professionnels, encouragement à la découverte culturelle des jeunes publics,  promotion de grands événements fédérateurs et populaires et valorisation des pratiques amateurs.

Nous devons donc renouer avec un grand dessein culturel et réaffirmer que le temps pour soi, le temps pour se cultiver, n’est pas un luxe mais la condition de l’émancipation individuelle et de la réalisation de soi. 
 

2) La démocratisation culturelle n'est-elle qu'une question d'argent ?

Le prix peut représenter un frein pour certains mais il n’est pas le seul obstacle à l’accès à la culture. Les publics les plus éloignés sont notamment peu touchés par les politiques tarifaires.
Je crois que nous devons donc concentrer nos efforts sur les publics eux-mêmes. En effet, l’envie de culture ne se décrète pas, elle se construit dans le long terme ; il revient aux responsables politiques  de créer les conditions de participation du plus grand nombre à la vie culturelle. Cela passe par la reprise d’un plan ambitieux d’éducation artistique et culturelle à l’école, par le soutien à toutes les formes d’éducation populaire souvent portées par le monde associatif mais aussi par l’exigence de faire sortir les institutions hors les murs.

Par ailleurs, je crois que le parti socialiste a une véritable responsabilité en ce qui concerne l’audiovisuel public. La télévision est, de fait, l’espace culturel quotidien d’un très grand nombre de Français. Ne pas s’intéresser aux contenus de la télévision publique revient à cautionner ce nivellement culturel par le bas. Je crois qu’il est possible de promouvoir une télévision de qualité, accessible de intelligente, qui éclaire, questionne et rend curieux. Des programmes répondant à cette exigence existent ; il est nécessaire de les proposer à des horaires de grandes écoutes et de les généraliser.

3) Quelles actions, ancrées dans les territoires de proximité, avez-vous menées, et qui se révèlent efficaces pour tisser du lien social ?

Plusieurs actions ont été menées qui visent à mobiliser des publics habituellement éloignés de l’offre culturelle. La musique classique est par excellence un des domaines dont une grande partie de la population peut se sentir symboliquement exclue. Ainsi, l’Opéra de Lyon a mis en œuvre l’Opéra des habitants, l’objectif était de faire réaliser des petits spectacles d’Opéra par les habitants de Vénissieux et de Lyon 1er ; les habitants étaient invités à un travail de création pendant une année en devenant en quelque sorte « l’artiste de sa propre vie ».

On peut également citer la création, sur le territoire du 1er arrondissement de Lyon, d’un orchestre symphonique dont la démarche est de s’adresser d’abord aux habitants sans rien céder aux exigences de qualité artistique. Cela passe par un choix décalé des lieux de représentations, un travail avec tout le réseau éducatif et associatif ainsi qu’une réflexion sur le répertoire, la forme des concerts, la manière d’informer sur les représentations…

4) Que pensez-vous de la place de l'éducation artistique et culturelle dans la réforme de l'Education Nationale de Xavier Darcos ?

La réforme Darcos présente une généralisation de l’éducation artistique et culturelle à l’école.

Si intégrer officiellement l’histoire de l’art dans les enseignements est une avancée, nous pouvons apporter des réserves de taille à ce projet qui met à mal tout ce qui avait été réalisé notamment dans le cadre du plan Lang/Tasca et qui contribuait fortement à l’ouverture et à l’épanouissement des élèves :

- la pratique culturelle remplace la pratique artistique avec la disparition des classes à PAC financées par l’Etat, dispositif unanimement salué par tous les acteurs de l’Education. On passe d’un rapport vivant à la culture à une histoire chronologique de l’art. Or, nous savons que la pratique culturelle et artistique permet à des élèves ne possédant pas toujours les savoirs traditionnels d’exprimer leurs talents autrement.

- la réforme Darcos entérine également la coupure entre l’enseignement des savoirs et les pratiques. On en revient à une notion très scolaire des apprentissages.

- par ailleurs, c’est le statut des professeurs qui est mis à mal par cette réforme. Il est indiqué que des personnels issus des institutions culturelles ou bien intervenants aux statuts précaires pourront se substituer aux professeurs dont le nombre diminue année après année. Cette augmentation des recrutements locaux questionne également l’égalité de l’enseignement sur le territoire. Il faut donc associer intervenants et professeurs, ces derniers restant les garants de la continuité pédagogique.

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