L’économique écologique commence par l’éducation et la culture
par Michel RAY
09/11/2009 21:37 (il y a 4 mois )

Le débat passionnant ouvert le 26 septembre m’a amené à faire le rapprochement avec la manifestation d’art contemporain Estuaire Nantes<>Saint-Nazaire dont la 2ème édition s’est déroulée cet été. Ce rendez-vous culturel à l’initiative de Jean BLAISE (par ailleurs, créateur des Nuits Blanches parisiennes) propose un parcours artistique, signé par de grands noms internationaux, le long de l’estuaire de la Loire. Plusieurs objectifs animent ce projet : démocratiser la création contemporaine, encourager l’intégration d’une métropole à l’échelle du grand ouest et valoriser un territoire méconnu. Tandis que les politiques publiques sont parvenues à structurer un bassin social et économique dynamique, l’enjeu apparaît aujourd’hui de repenser le développement en prenant en compte la préservation des espaces naturels. En réponse, les forces vives du territoire sous l’impulsion des collectivités, on choisi l’art comme un levier efficace pour cette prise de conscience et la recherche de nouvelles pratiques de conciliation.



L’estuaire de la Loire, fortement urbanisé à ces extrémités avec la présence de Nantes à l’est et Saint-Nazaire à l’ouest, est un bassin de vie d’environ 800 000 habitants et 320 000 emplois. Ses rives comptent également des installations industrielles imposantes parmi lesquelles une usine de bâtiments navals à propulsion nucléaire, la plus grosse centrale électrique thermique de France, la plus importante raffinerie de pétrole de la façade Atlantique ou encore les principaux sites du 4ème port de commerce français. Mais l’expansion des activités économiques a réduit les espaces naturels au fil des décennies mettant gravement en péril les équilibres faunistique et floristiques.

C’est à partir de ce paysage estuarien rare ou alternent espaces sauvages et cathédrales de métal que les artistes ont créé des œuvres in situ (conçu pour le site où elle sont installées). Leurs regards se révèlent à la fois critique et poétique, humoristique et prédicateur, didactique et visionnaire. En juchant une coquette villa à la cime d’une cheminé industrielle, Tatzu Nishi offre un panorama exceptionnel sur la pairie humide protégée située au pied de la centrale électrique. Le pendule silencieux de Roman Zigner sur l’ancienne centrale à béton de Trentemoult rappelle que le temps n’efface pas certaines empreintes laissées par l’homme. Ou inversement, la nature reprend ses droits, même sur des ouvrages les plus inhospitaliers tels le jardin imaginé par Gilles Clément sur le toit de l’indestructible base sous-marine de Saint-Nazaire. Enfin, la promenade conduisant à un observatoire aménagé à Lavau s/Loire par Kawamata invite le marcheur à s’immerger au cœur la roselière afin d’en découvrir toute la richesse et la fragilité…

Outre l’expérience artistique, Estuaire est aussi le terrain d’expérimentation de nouvelles formes de concertations visant une large adhésion à un développement raisonné.

En premier lieu, le succès populaire de la manifestation a permis une sensibilisation du grand public (720 000 visites en 2009) aux enjeux environnementaux. Lorsque le visiteur découvre le parcours artistique, les œuvres agissent comme une focale sur le paysage. L’artiste en montre toute la diversité et les contrastes, la puissance et la vulnérabilité. Sans remettre en cause l’impérieuse nécessité de l’activité humaine dont la présence marque fortement les rives du fleuve, l’œuvre interroge sur la manière d’envisager sa place à l’avenir.

Cette prise de conscience s’élargie à la responsabilité citoyenne des entreprises. En demandant la mobilisation de grands opérateurs des transports, de l’énergie, de la pétrochimie en encore de la communication présents ou non sur le territoire, les organisateurs poussent le partenariat au delà du simple engagement économique. Lorsqu’une société finance une œuvre, elle affiche, par là même, sa volonté de maîtriser son impact sur l’environnement.

Il a fallu, pour ce faire provoquer une situation inédite en mettant en présence des interlocuteurs aux priorités divergentes. Ainsi, la force du projet artistique a permis d’amorcer le dialogue jusqu’alors difficile entre entreprises, collectivités, Etat et associations environnementales autour d’une conception partagée de l’aménagement des rives du fleuve.



L’événement Estuaire a eu pour effet attendu de porter un nouveau regard sur ce territoire qui « existe » désormais aux yeux de tous les acteurs impliqués. Il démontre combien la pédagogie est essentielle dès lors qu’elle est dirigée vers tous les publics (jeunesse, habitants, salariés, dirigeants…). A l’avenir, on peut espérer que chacun envisagera ses choix et décisions à l’aune de l’intérêt écologique.

Les perspectives ouvertes par cette aventure font espérer que la mue vers une économie compatible avec la responsabilité sociale et écologique est possible. Pour cela l’évolution doit s’accompagner d’une étape essentielle qui est la formation aux enjeux du développement durable. A ce titre Estuaire relève avec audace ce défi en l’attaquant sous l’angle de l’art et l’éducation.




Michel RAY
Militant et élu municipal de Loire-Atlantique – 9/11/2009

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